Le retour

Février 2015

A quand mon tour? Peut-être demain, peut-être jamais. Autour de moi, comme un leight-motif: un tel a eu un accident, nos amis, sa femme a un cancer généralisé, et l’autre, sa femme a des problèmes de coeurs, soins intensifs, soins intensifs, soins intensifs, opérations, soins palliatifs, mort.

Ou encore l’autre jour, situation banale dans un supermarché, une rencontre, une ancienne voisine en fait, une collègue. On se pose des questions, ah oui peut-être ai-je été à l’école avec votre fils.

Moi – C’est comment son nom? […] Ah non ça ne me dis rien.

Ensuite, des petites phrases, des petits sous-entendus: il y a eu un drame.

Elle – Tu vois, maintenant, pour nous deux, ça ne sert plus à rien, on n’a pas toujours envie de cuisiner.

Et moi qui aurait envie de répondre : «Non, je ne vois pas non, mais c’est trop frais, c’est trop tôt, je sais, alors je me tais. » Mais après j’ai su, son fils – à propos duquel j’ai parlé au présent – n’est plus, disapru.  «Ah maintenant je vois. » On m’en avait parlé, mais je ne savais pas qu’il s’agissait d’elle. Comme toujours à l’annonce de ce genre de drames, on se renferme, on se gêne, on passe à autre chose.

Mais pas chez nous. Parce que nous on se rappelle de nos propres drames, les mêmes drames, le même drame. Cette soeur, disparue elle aussi bien trop tôt, parce qu’il est toujours trop tôt pour ce genre de perte qui n’est pas naturelle, car autrement on l’accepterait facilement, sans s’apitoyer, sans se poser de questions.
Ils ne nous manqueraient pas nos chers et chères, nos amours, nos amis.
Mais chez nous le désespoir et le chagrin sont momentanés. Car nous savons nous, nous croyons nous, nous sommes sûrs nous: ils ne font que dormir d’un sommeil profond.
Bientôt on les appellera et ils répondront et on les verra, en chair, en os, avec leurs sourires, leurs yeux profonds, leur amour, leurs souvenirs de quand ils nous faisaient barbotter dans le bain, lors de mes premiers jours.
Je me réjouie que tu me racontes, ma soeur, ma grande soeur, et cette fois, c’est moi qui te serrerai dans mes bras.

 

 

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