Bribes turques. 1

Octobre 2015, vers Istanbul

Mon petit carnet rose me manque. Alors j’ai arraché un ensemble de feuillets de mon grand carnet rouge pour l’occasion: mon départ pour Istanbul.


Pour autant que je sache, j’ai toujours souhaité y aller. En fait, ce sera déjà mon troisième passage dans cette mégapole. Mais cette fois, je vais réellement en profiter. Je n’aurais pas besoin de courir, de manger rapidement, de suivre le groupe et de me contenter de ce qu’on me présente ou du temps qu’on me laisse pour observer et savourer. Du moins, c’est ce que j’espère.

Je n’ai pas beaucoup d’attentes, je n’ai pas beaucoup de questions. Au grand dam d’ailleurs de cette fille qui m’attend, qui n’a pas forcément l’air d’être une nature anxieuse, mais tout de même prévoyante. Un peu jugeante par moments, un peu à vouloir prendre des décisions pour les autres. Mais ce n’est qu’un sentiment pour l’instant. Sa logeuse est belle, et charmante, ça se voit tout de suite (à en juger des profils fb et instagram). Je dirai même qu’elle est très belle et qu’elle incarne plutôt bien le style turc féminin. Pas très grande, cheveux foncés voire noires, sourcils épais noirs, regard perçant, bouche généreuse et colorée rouge. Mais le sien est de plus affuté, intelligent, curieux. J’en aurai le cœur net ce soir, ou dans les prochains jours.

Il fait chaud dans cet avion et pourtant personne n’est à côté de moi et l’objet de mon obsession non plus.

[…]

Mais Istanbul est censé être un nouveau chapitre de ma vie et tu n’es pas censé en faire partie. Mais tu as de la chance, depuis mon départ, depuis mon arrivée ici, tu es partout avec moi, car tu es dans mes pensées. D’ailleurs ta voix et tes phrases font écho à ce que je vois, à ce que je ressens, de bon ou de mauvais.

[…]

Dans cet avion, à peine entrée, mais en fait déjà avant, au check-in, à la porte d’embarquement, j’étais déjà en Turquie, du moins partiellement. D’abord, la notion d’individu en Turquie n’existe que très peu, c’est la famille avant tout, voire même la nation. Comme je l’ai vu sur un panneau publicitaire pour les élections approchantes: «Ben, Sen yok. Türkiye var» («Il n’y a pas de toi ou de moi, il y a la Turquie»). Histoire de dire: «sans la nation, tu n’es rien, tu es d’abord un membre de cette nation, mais seul tu n’existes pas. »

Alors justement, ça s’agite, ça braille, ça court, ça sympathise «Eeeeeh mon frère, hé mon oncle, ma tante, ma chérie, mon chéri», alors qu’ils ne se connaissent pas.

Et puis il y a moi, assise côté fenêtre. A ma gauche, un siège vide puis un Turc d’une trentaine d’années, qui d’abord m’observe, beaucoup. Parce qu’ils sont comme ça, il faut que ça regarde, avec insistance, et ça fait des commentaires:«T’as vu, elle a pas éteint son natel», en turc, pensant que je ne comprenais pas. Alors j’éteins mon natel. Et moi qui suis en pleine session importante d’écriture, impossible ou presque de se concentrer avec cet énergumène. Et évidemment, il commence à me parler, d’abord en turc, puis j’essaye de baragouiner le peu que je sais et il se dit «ah mais il y a comme un quaq, pourquoi elle a l’air d’une Turque et ne le parle pas correctement?» Alors un peu en allemand, un peu en turc on échange quelques mots. Le Turc de base est ainsi, il faut qu’il drague, c’est une seconde nature. Mais c’est sans finesse, c’est d’une manière pressée, sans tact, et gros comme une maison. […] A part ça, le gars est d’une gentillesse sans fin. Il veut mon numéro, mais ce sera non.

[…]

A demain…

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