La peur du voyage ou Le voyage de la peur. Episode 1

le

Autour d’un verre:

«  …

L. Aller vivre en Turquie??!!

G. Ouais, ça fait longtemps que je sais que je vais partir à l’étranger, mais je savais pas encore où.

L. Et tu vas rester longtemps?

G. Ben écoute, je sais pas encore, en tous cas un an, et si Dieu veut, j’y resterai plus longtemps.

L. Mais t’as pas peur?

G. Si bien sûr je suis morte de trouille.

L. Mais alors pourquoi tu y vas?  Tu as tout ici non, un poste taillé pour toi, une situation, des amis, tout?

G. Oui exactement. Je suis installée, même très confortablement installée. Et c’est précisément ce que je ne veux pas.

…   »

Et oui chers amis, peut-être me connaissez-vous et savez-vous que je ne tiens pas en place. J’ai pourtant bien essayé. J’avait dis: « Je vais aller dans le Jura, j’ai envie d’y retourner, là j’ai envie de m’établir un peu. Ouais, 3 ans minimum, 5 ans maximum, et après je pars à l’étranger. Et je vais vraiment essayer d’avoir une vie bien réglée, je vais essayer de me refaire une santé, tout bien tout bien.» Et ce qui était drôle, c’est que, au moment de prendre cette décision, mes amis et connaissances lausannois m’avaient dit:  « Mais qu’est-ce que tu vas faire dans le Jura, c’est tout petit, il y a rien à y faire. Et t’es sûre? Même pour le job, tu vas t’ennuyer, tu crois pas?  » C’est bien ce genre de remarques qui m’a fait pensé une fois de plus: «Décidément Gülşen, tu prends toujours des décisions qui vont à contre courant de la pensée générale. Es-tu normale? Est-ce qu’il y a vraiment un problème gros comme une maison que toi seule ne vois pas?» Ah oui et probablement le pire que j’aie entendu était ceci: « Ah pour moi qui ai grandi à Londres, je trouve Lausanne tellement petit. Tu vois, à Londres il y a toujours tellement de choix. Et tu vois à Londres, au niveau de la mode on est toujours à la pointe. Ici, il y a toujours 3-4 mois de retard. Alors le Jura, je n’ose même pas imaginer. » Et moi je me disais : «Ouais ok il y a du choix et puis quoi, on peut de toute façon pas être au dernier vernissage de machin et en même temps au super défilé de mode de truc. Et en fait, miss je te pleins de faire des fringues une priorité dans ta vie.» Non mais je vous jure, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre! MDR!

Mais voilà dans mon esprit, c’était l’absolue, simple et belle vérité, il fallait que je retourne au Jura quoiqu’en pense Pierrette, Paulette ou Yasmine.

Il y a un mot à l’origine de tous ces discours: LA PEUR!! Tous ceux qui quittent un endroit sont non seulement confrontés à leurs propres peurs mais aussi à celles des autres. Déjà on essaye de surmonter ses propres angoisses :  et voilà que le premier venu se meut en expert du découragement et journaliste de la peur et du malheur. Il te rappelle justement tout ce qu’il se passe en Turquie, la situation des femmes là-bas, que c’est quand même un pays à 98% musulman! No wayyyy, tu as découvert ça tout seul? « Hey, mais au fait, tu y as déjà mis les pieds toi en Turquie?» «Ah non non, mais c’est pas nécessaire, il n’y a qu’à regarder le téléjournal.» « Ah oui et c’est pour ça que je devrais t’écouter?!»    Même si je n’ai absolument pas besoin de ce genre de commentaire et que cela m’agace plus qu’autre chose, je salue toutefois leur bienveillance et leur souci sincère pour moi et mon projet et les remercie poliment. Mais les spécialistes de la raison, de la logique et les maniaques du contrôle, sachez-le m’ennuient profondément.

Je ne vais quand même pas jouer les hypocrites, bien sûr que j’ai peur d’un tas de choses. Mais la peur découle surtout de l’inconnu au sens large et des inconnues plus précises du type: où vais-je m’installer, comment je vais me débrouiller avec la langue, est-ce que je ne vais pas avoir des problèmes avec l’administration, est-ce que je vais vraiment m’y plaire, un mois en vacances c’est bien sympa, mais y vivre… et ainsi de suite. Ce sont des éléments sur lesquels je n’ai que très peu de prises et le fait que je m’en inquiète ne fera que me freiner dans mon élan du départ. De plus, mes voyages précédents ne m’ont prouvé une chose: Tous les problèmes que j’ai bien pu imaginer ne se sont jamais mais alors JAMAIS produits ne serait-ce qu’un peu. Ma peur, mes peurs n’étaient que le produit de sentiments d’incertitude face à ma capacité à gérer l’imprévisible nouveauté. Non, mes voyages m’ont prouvé que je reçois toujours plus que ce que j’espère en retirer. Quand on planifie un voyage, on se dit « je pourrais faire ceci ou cela », ou « ça me ferait plaisir de voir cette région », « de visiter cet endroit » ou autre. Mais mes plus beaux voyages étaient ceux que je laissaient se dérouler sous mes yeux, en y donnant le moins de direction possible, qu’une ligne générale et à chaque fois – sans exception – , j’ai reçu bien plus que ce que j’avais espéré et souhaité.

Les craintes face au voyage ou face à un changement sont absolument normales. Elles ne le sont plus quand elles prennent le dessus sur notre capacité à effectuer le dit voyage ou changement. Il est donc primordial d’apprendre à gérer ses craintes, à ne pas les écouter ou à ne plus les ressentir (qui n’a jamais eu la boule au ventre dans un moment d’angoisse?). Mais ces stratagèmes ne vaudront jamais celui-ci: remplacer ses peurs par l’amour.

Hein, quoi, mais comment ça, quel amour, l’amour pour quoi exactement? Je vais en parler dans un prochain post plus profondément mais pour l’instant, peut-être comprenez-vous maintenant pourquoi je parle de La peur du voyage ou Du voyage de la peur.  Parce que dompter sa peur et la remplacer par l’amour est un voyage en soi, ouvert, pleins d’horizons insoupçonnés et de découvertes sur soi et ses capacités. Je suis en train de vivre ce voyage et c’est exaltant. Et je n’aurai pas vraiment besoin de partir physiquement pour le faire, comprenez-le bien. Le caractère concret de ce départ pour la Turquie m’aide à me lancer dans ce voyage de la peur qui se passe principalement entre moi et moi-même. Le voyage concret me pousse dans mes retranchements en testant ma capacité à ne pas m’inquiéter, à me détacher, à me défaire, à bouger, à m’adapter, à m’ouvrir à la nouveauté et à l’autre. En somme il me pousse à faire confiance, à aimer.

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