L’ennui et la lenteur

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Vous voyez cette pile de livres là? Et ben c’est celle que j’ai transbahutée de Suisse jusqu’en Bolivie. J’en ai mis un peu dans ma valise, un peu dans mon sac à dos, et quand je suis arrivée ici et que j’ai eu l’occasion de tout sortir… ça a donné ce que vous voyez là. Mais pourquoi à chaque fois que je pars comme ça, que le voyage soit de courte ou de longue durée, il faut que je prenne une tonne de livres, brochures, magazines ? Vous avez dit “voyager léger”? Je crois que j’ai encore pas tout compris comment faire. Mais bon j’aurais aussi pu avoir ma tablette remplie de bouquins électroniques, la question demeure: pourquoi se barricader à ce point contre l’ennui, contre l’inactivité? Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Mais vous me direz mais non, c’est pas du tout ça, moi j’adore lire, et tu vois pendant les vacances tu peux rattraper ton retard, tu peux continuer à apprendre ton turc pour pas tout perdre, tu vas quand même pas rester sans rien faire pendant trois semaines? Eh bien SI! Et pourquoi pas d’ailleurs!?? Et en plus, je suis fatiguée, j’ai plus envie de lire…

Bon en fait, pour ceux qui me connaissent un peu, ils le savent bien, je vis très mal le fait de ne rien faire, ou plutôt l’impression de ne rien faire, et c’est pour ça que je trimballe toujours pleins de trucs avec moi: mes bouquins, ma musique, mon smartphone, mes head-phone Parrot Zik, ma tablette, mes machins, mes trucs, bla, bla, bla pffff quel stress. Et ça pèse tout ça! Mais pire encore, ça pèse dans l’esprit, il n’a jamais une seconde de répit, toujours prêt à recevoir, à se concentrer, à emmagasiner, retenir, confronter, comparer, ressentir. Et le pauvre, il SATURE! Et pour finir, il veut plus rien, ça suffit, BASTA! Oui mais tu es la seule responsable de ce qui t’arrive, personne ne t’oblige à être tout le temps connectée, à être hyper informée, à devoir être tout le temps disponible.  Vraiment? Vous le croyez? Bien sûr oui, j’ai ma part de responsabilité et je dois apprendre à débrancher, mais cette pression du « tout, tout de suite, tout le temps » vous la ressentez pas aussi un peu? Moi je la ressens vivement, et c’est pour ça que « oh là là, il ne faut surtout pas perdre une seule minute de l’existence, car la vie est trop courte, et si je ne fais pas ça maintenant, alors que j’ai 3 semaines de vacances, alors ce sera du temps perdu, gâché, et je ne serai pas à la page et ceci cela. » Mais maintenant je dis: « FAUX! »

Il faut arrêter, s’arrêter et ne plus avoir peur. Peur de s’ennuyer, peur de s’observer penser, de passer d’idées incongrues en idées encore plus incongrues, de ressasser, de rêvasser, de broyer du noir, de positiver, se questionner, imaginer, traîner et le tout en marchant dans la rue, en voyageant sur les routes boueuses de Bolivie ou allongé sur une chaise longue en écoutant passivement les guais chants des oiseaux et du vent. Parce que l’ennui est vital, tout comme la solitude qui selon certains est « un jeûne de l’âme ». Bien dosé, c’est bénéfique. Se ressourcer à travers soi-même, à travers des rencontres quelles soient paysagistiques ou humaines. Et ralentir. Aller lentement, penser, dormir, se lever, déjeuner, jouer, lire, lentement, très lentement. Sans gêne, sans culpabilité.

Et parce que je ne veux plus lire ou écouter de la musique ou faire quoi que ce soit pour échapper à l’ennui, mais parce que je veux le faire, parce que j’en ai vraiment envie.

Bon là je vais faire un peu de pub pour Yeni Raki et leur fameux « Unrush your world » mais matez un peu ça, et prenez le temps de réfléchir:

By Yeni Raki
By Yeni Raki

 

Pour que la lenteur ne soit plus un luxe mais un art de vivre. Mais est-ce que c’est possible? Bon les premières fois que j’ai été en Bolivie, et cette fois encore, j’ai cru que j’allais péter un câble, justement à cause de cette lenteur. Mais c’est pas possible qu’est-ce-qu’ils peuvent être lents ces Boliviens, pas étonnant que ce pays ne fonctionne pas, et pourquoi il démarre pas celui-là, c’est vert depuis trente secondes déjà!!!! Et en plus, entre hier et aujourd’hui on a changé trois fois de programme!! A cause de quoi? Parce qu’il pleut, parce que ça va plus, parce que le vol est annulé, parce qu’on vient de nous crever un pneu, parce que la vitre ne se ferme plus et comme le voyage qu’on voulait faire est principalement composé de chemins de terre ben il faut absolument remplacer la vitre sinon ça va pas le faire et ça prendre 15 ans parce qu’il faut 15 aaaaaaans pour tout dans ce pays, ou encore, c’est la saison des pluies et la route est bloquée pour cause d’éboulements. GRRRRR!! He ho on se calme, c’est bon, pas besoin de s’énerver. On prend la vie comme elle vient et ça va mieux. Si ça n’a pas pu se faire, c’est qu’il y a forcément une raison ou alors on repousse. On oublie les plannings et les programmes. Et ça fait un bien fou, quoique très déstabilisant au début pour le Suisse de base.

Alors tous les tarés du travail et du stress comme moi, c’est bon, on arrête de courir, on essaie de vivre un peu normalement, on essaie? « Ouais on essaie, mais en vacances c’est facile! » Ouais peut-être. Je crois plutôt que c’est une question de choix. Ralentir c’est peut-être aussi se satisfaire, se contenter, se débarrasser, se désencombrer, simplifier sa vie.

 

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