Article 6 de la série Jeunes diplômés : La reconnaissance des métiers et diplômes

Pour des raisons professionnelles j’ai pris un peu de retard concernant la publication du sixième article de la série sur les Jeunes diplômés et la recherche d’emploi.
Le sujet de la reconnaissance des diplômes, ou peut-être même des compétences métiers, touchera certainement plus d’un domaine. J’ai choisi ici de prendre pour exemple celui de la gestion documentaire dont les métiers sont généralement : bibliothécaire, documentaliste, archiviste, gestionnaire d’informations et autres. Un titre générique est apparu il y a quelques années officiellement en Suisse qui regroupe certains des métiers précités : celui de Spécialiste en information documentaire. Ces quelques réflexions découlent de ce que j’ai pu observer ces derniers mois lors de ma recherche d’emploi en Suisse principalement dans la région francophone (Romandie). Pour un aperçu «statistique» des postulations selon divers critères, voir l’article d’introduction de la série.

La reconnaissance d’un diplôme découle souvent du fait que des professionnels de la branche ont su défendre leurs compétences et pu fournir des prestations appréciées par leurs collaborateurs et institutions. Avant d’être reconnu, une profession doit évidemment être connue et la valeur ajoutée et financière qu’elle apporte bien établie. Mais pas seulement. En effet, d’autres facteurs influencent la reconnaissance d’un métier comme :

  • l’émergence de nouveaux diplômes
  • le milieu professionnel
  • Le metier en lui-même
  • la région linguistique ainsi que sa culture professionnelle
  • la popularité et l’image véhiculée par les médias

L’émergence de nouvelles formations, diplômes et titres.

Les hautes écoles suisses, qui visent à former des professionnels opérationnels dès la fin de leurs études regorgent de ce que j’appelle de nouveaux diplômes. En effet, les Hautes Ecoles Suisses ne cessent de proposer de nouvelles formations Bachelor et Master. Voir par exemple l’offre de la FH Schweiz et son pendant romand la HES-SO. Il ne s’agit pas toujours de nouveaux métiers pour autant. Il est toutefois normal de voir une évolution dans l’offre de formation des Hautes Ecoles et université suisses. De plus, ces formations répondent également à un besoin existant dans l’économie actuelle.
Mais on observe parfois une convergence de métiers vers un diplôme, comme le montre très bien le cas du diplôme de Spécialiste en information documentaire qui regroupe les trois métiers bibliothécaires, documentalistes, archivistes. Bien sûr, ces métiers appartiennent à un même domaine, celui de la gestion documentaire.
Pourtant, pendant longtemps, l’école de Genève, anciennement appelé «BBS» n’était destinée qu’aux bibliothécaires. Les archivistes et les documentalistes étaient généralement issus de formations universitaires et ensuite amenés (parfois par hasard) vers le domaine documentaire tout en ayant presque aucune idée des méthodes et standards du domaine.
C’est une situation qui se rencontre encore souvent et qui se justifie par le fait qu’il est  parfois nécessaire d’avoir des connaissances dans un domaine spécifique (physique, chimie, juridiques) pour pouvoir effectuer un travail de fonds et plus scientifique. Ce qui explique la difficulté pour un généraliste comme le spécialiste en information documentaire d’entrer dans les musées par exemple. Par contre, de tels postes devraient systématiquement exiger une formation continue dans le domaine documentaire ou alors offrir la possibilité d’en suivre une.
Le diplôme de spécialiste en information documentaire est donc neuf puisqu’il n’existe maintenant que depuis une dizaine d’années. Auprès des professionnels de la branche, la formation est maintenant plus que connue et reconnue, puisque ce sont souvent les associations professionnelles qui sont à l’origine des formations.
Le cas du spécialiste en information documentaire est tout de même particulier puisqu’il est un généraliste de trois branches, ce qui explique que suivant la région linguistique et le domaine de spécialisation choisi, la reconnaissance ne soit pas encore optimale (Ceci fera l’objet de l’article suivant). Si donc ce constat se fait pour les associations professionnelles, qu’en est-il de tous les autres secteurs de l’économie où les besoins en gestion de l’information sont souvent urgents? Force est de constater que le diplôme est très très peu connu. La difficulté pour des jeunes diplômés en information documentaire de  percer dans des milieux professionnels non-usuels tels que des entreprises privées (ne possédant pas déjà de centre de documentation) est donc encore récurrente.

Le milieu professionnel

Toujours dans le cadre de l’exemple du spécialiste en information documentaire, le milieu professionnel englobe justement tous les secteurs étrangers au monde de la documentation indépendamment de leur nature (public/privé). Le métier rencontre en effet des difficultés à s’exporter vers tous les milieux où sa valeur n’est pas reconnue.
Il est vrai que les administrations publiques en général comptent en leur sein un service bibliothèque et un service des archives. Pour autant, cela n’exclut pas le fait que les collaborateurs d’une administration connaissent mal leur propre service d’archives, les experts qui y travaillent ainsi que leurs rôles et compétences. De ce fait, des groupes de projet étudiant la mise en place d’une politique documentaire ou d’un nouveau système de gestion électronique des documents n’intègrent que rarement les professionnels compétents dans ce domaine à savoir les archivistes et gestionnaires d’information.
Certainement que pour les entreprises privées le constat est le même et peut-être que le phénomène s’accentue encore plus. En effet, chaque poste doit contribuer à augmenter la productivité et la compétitivité de l’entreprise.
Les spécialistes en information documentaire ont donc besoin que leurs compétences soient reconnues comme transversales, c’est-à-dire reconnues valables et utiles pour l’ensemble de l’institution, et non pas seulement confinées à l’intérieur de leur propre service. Tant que leurs compétences ne seront pas perçues comme une valeur ajoutée qui sert la compétitivité et l’efficacité de l’institution sur le long terme, les spécialistes de la gestion documentaire peineront à trouver des places de travail.
Mais comme je l’ai dit en introduction, ce sont les professionnels eux-mêmes qui peuvent changer la donne en mettant sur pied des solutions pragmatiques, pratiques, utiles et raisonnables. De la sorte, ce sont les usagers finaux satisfaits qui prendront la défense des gestionnaires de l’information.

Le métier en lui-même

Prenons les cas dea archivistes. La plupart des collaborateurs d’une institution travaillent au jour le jour et exécutent des tâches qui vont servir en général à court terme. Or, une des missions des archivistes est de garantir que, de l’information produite, celle qui a une valeur juridique, administrative, historique et sociale soit conservé le plus longtemps possible et ce peu importe le support sur lequel elle a été produite.
En général, les tâches et rôles de services d’archives et de bibliothèques proviennent directement de lois et ordonnances, dont ils sont les défenseurs et garants. Bien sûr presque tous les services fonctionnent d’après une base légale. Néanmoins, rare sont les cas où la base légale s’adresse directement aux collaborateurs et services de l’administration et pire encore dont le résultat souhaité (par l’archiviste) va énormément influencer les processus de travail et de production des documents. Ce contexte particulier fait que le gestionnaire de l’information et des archives est souvent vu comme un enquiquineur plus qu’un sauveur.

La région linguistique ainsi que sa culture professionnelle

D’après ce que j’ai pu vivre en Allemagne (Lire l’article sur mon séjour à Cologne en ERASMUS) et aussi en Suisse-allemande lors d’un stage, il m’est clair que la culture professionnelle germanique est plus attentive aux titres et diplômes obtenus qu’à l’expérience.  Ainsi, toujours dans le contexte du Spécialiste en information documentaire, il faut encore dire que même dans les milieux professionnels d’origine (Archives, bibliothèques et centres de docs) la reconnaissance du diplôme est encore assez inégale. Ainsi le rôle du Spécialiste en information documentaire est encore mal défini ou compris. Citons simplement pour exemple ce que dit l’association des archivistes suisses concernant la formation et les tâches confiées à un spécialiste en information documentaire,  (traduit par moi-même de l’allemand):

Une formation de trois ans à la Haute Ecole Spécialisée de Genève ou de Coire donne accès au titre de Spécialisten en Infotmation et Documentation. Ces derniers sont spécialisés dans des tâches complexes telles que la gestion de projet et la gestion de personne. Concernant leurs tâches dans des services d’archives on compte : la conception de fonds, la description, la documentation, la recherche, la formation de nouveaux collaborateurs et d’apprentis. (Lire l’original en allemand)

Il n’est nullement fait part de la mise en place de plans de classement, de calendriers de conservation, de contacts avec les collaborateurs directs d’une institution, du Record Management en somme qui est un aspect central du métier d’archiviste et qui est d’ailleurs enseigné en Haute Ecole spécialisée!!!
De plus, lors d’un stage effectué également dans la région de Berne, on m’a souvent encouragé à poursuivre des études et de faire un Master si je souhaitais me spécialiser dans les archives car mon Bachelor n’aurait pas suffit. Alors que je sais que de nombreuses institutions romandes engagent des spécialistes en informations documentaires, même sortant, en tant que Record Manager ou Archiviste.  Dans ce domaine en tous cas et peut-être principalement en Suisse-Allemande, l’on constate qu’un diplôme universitaire prime encore sur un diplôme HES.
Autre problème : la limite entre les tâches attribuées à un assistant ou à un spécialiste sont encore floues. Par exemple, une offre d’emploi située à Berne pour un poste lié à la description de fonds d’archives et de gestion des demandes des usagers et d’autres tâches exigentes, stipulait que le poste était plutôt désigné pour un assistant en information documentaire, c’est-à-dire une personne doté du CFC d’agent en information documentaire.
Je rappelle ici que ces quelques constats sont basées sur mes récentes observations. Elles ne tiennent certainement pas compte de tous les critères possibles.

La popularité et l’image véhiculée par les médias 

Allez pour finir un peu d’humour!!
Tout d’un coup ce sous-thème me rappelle le cours de sociologie des publics à la Haute Ecole de Gestion, où une période de cours avait été consacrée à la représentation des métiers de la documentation par les médias en général. Très très drôle et d’après ce qu’on a pu voir, une bibliothécaire ou un archiviste n’ont en général rien de très glamour. Mais bien sûr, cela ne reflète pas du tout la réalité, c’est dans les films.

En réalité on ressemble aussi à ça : -> Librarian WARDROBE

Encore quelques liens :

Tous ces préjugés ont certes une influence sur le fait que le métier soit si peu connu/reconnu. Mais certainement pas un des principaux. Pour des Images et portraits de bibliothécaires : un article de l’ENSSIB (École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques) 
Un aperçu très humoristique par les Têtes et Claques en vidéo!! 
Autre point à mentionner ici en passant: l’argent. En général, ce n’est pas un métier qui génère beaucoup d’argent, quoique si les conseils préconisés étaient plus souvent appliqués ont économiserai certainement des budgets importants pour l’achat de logiciels qui ne correspondent pas directement aux besoins de l’institution. Mais enfin bon, c’est un autre sujet.

Pour l’heure j’en ai fini avec ces quelques éléments qui nous font bien comprendre que le facteur « Confiance » entre les différents intéressés employeurs-employés est encore à développer dans le milieu professionnel de la gestion documentaire.

A bientôt pour un article un peu plus détaillé entre les différences pour les postes en archives et en bibliothèque et quelques conseils pour l’un ou l’autre domaine en matière de postulation notamment pour la question de la nature de l’institution publique/privée.


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